cv | critique | ils l'ont dit | à propos | mail | liens
Quand on y pense, c'est merveilleux un tuyau !

Aux dernières nouvelles, notre Galaxie compte 100 milliards de soleils et, paraît-il, un nouveau apparaît chaque semaine. Les astronomes ont aussi dénombré 100 milliards de galaxies comme la nôtre ! Si je compte bien, 100 milliards fois 100 milliards, cela fait 10000000000000000000000 de soleils. Je pourrais déjà faire une petite conduite avec tous ces zéros ! Mais dans cet immense Univers, où trouve-t-on des tuyaux ? Sur Terre uniquement, ici, chez nous, enfin, pour ce qu'on connaît du reste de l'Univers. Ailleurs, c'est différent et pas pareil : tout est en vrac ou presque. La gravitation se charge de rassembler la matière, et l'énergie noire de la diluer, c'est tout ! Pas de tuyaux, encore moins de tubes, pas la moindre petite canule entre la Voie Lactée et Andromède !

Il faut se rendre à l'évidence, nous sommes minuscules, pour ne pas dire rien du tout dans cette immensité. Et pourtant, c'est bien ici bas que la Nature a inventé le tuyau pour déplacer de gauche à droite et d'ici à là ce qu'elle a trié et produit ! Merveilleux, non ? Les vaisseaux de sève des plantes, les tubes digestifs, le sexe… Ah, le sexe ! « Mon tuyau est plus gros que le tien ! »

Avec sa technique l'Homme, qui n'a fait que reproduire ce qui existait déjà, s'imagine avoir tout inventé. Ridicule ! Il a inventé le canon et le pouvoir d'étrangler les tuyaux, de fermer le robinet, c'est sûr, et il n'y a vraiment pas de quoi en être fier !

Alors j'assemble des tubes et des raccords à visser sans installer de chauffage central ni de réseau d'eau chaude ou froide, comme d'autres appliquent des couleurs sur une toile. La soudure, c'est trop facile. L'assemblage vissé est suffisamment difficile pour m'intéresser. C'est bien plus drôle ! Filetage à droite, filetage à gauche sans la moindre intention politique, cela oblige à penser le montage en plus de la forme. En tout cas, c'est très efficace pour emmerder les faussaires ! Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?

J'utilise la plastique des lignes compliquées, des formes entremêlées et des matières métalliques pour représenter des réseaux embrouillés de notre monde, ses machines infernales et absurdes. Je tente de rendre belles, attrayantes et désirables des choses qui ne le sont pas. Il en est de la sculpture comme de la peinture : beaucoup ornent et décorent, d'autres vous emmènent là où vous ne vous attendiez pas et, si vous y consentez, vous invitent à penser.

J'imagine la tête ahurie des archéologues qui déterreront peut-être un jour ces sculptures, d'ici cinq ou dix siècles, si toutefois elles échappaient au ferrailleur du coin, donc au haut-fourneau. Devineront-ils là des œuvres d'art ou penseront-ils à quelque machinerie énigmatique d'un érotisme affolant ? C'est l'art de brouiller les pistes.

JMM PdJ
retour galerie l'artiste sur la paille