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Rébus de rebut.

Loin de faire appel au rêve et à l'inconscient, Jean-Michel POUEY préfère tirer son inspiration de la réalité la plus tangible : ici des morceaux de tuyaux, des coudes, des raccords récupérés lors de déstockages chez d'honorables artisans ou auprès d'entreprises envahies par ces chutes en fonte, en acier, voire en bronze, qu'il s'amuse à assembler en d'inextricables réseaux.

Au moyen d'associations formelles incongrues, il fait basculer le quotidien dans l'imprévu, le banal dans l'extraordinaire et propose au spectateur une subversion du sens communément accepté d'où le titre de cette installation recouverte de huit couches de peinture créée en 2001 : « Ceci n'est pas un radiateur ».

Mais alors que signifie ce bas-art ? Sûrement pas un art mineur mais un art qui prend à contre-pied « L'asphyxiante culture » que fustigeait DUBUFFET. En effet, Jean-Michel POUEY par le choix de matériaux non nobles et d'ailleurs peints, par un travail qui n'a rien d'académique, par la revendication ludique, s'arroge le droit au pur plaisir de faire en toute liberté sans pour autant renoncer au sens.

De même si le titre de cette sculpture – car il s'agit d'une authentique sculpture que bien des Nouveaux Réalistes et autres ferrailleurs comme TINGUELY n'auraient pas dédaignée – place l'œuvre sous la surréaliste paternité du belge René MAGRITTE, Jean-Michel POUEY ne s'attaque pas à l'arbitraire du langage ni aux rapports qui unissent les objets, leur représentation et leur appellation. Il préfère en explorer la dimension métaphorique et la charge symbolique : sans trop insister sur des souvenirs d'études scientifiques, il part d'un constat de bon sens à savoir que « L'essentiel de la vie passe par des tuyaux : l'eau, la digestion, la reproduction, l'oxygène, l'énergie … ». Donc très naturellement il se lance dans la matérialisation de ces réseaux de circulation pour en admirer la complexité et les apports, mais surtout pour mettre en lumière ses aberrations et ses dérives.

Que nous en soyons conscients ou non, ces labyrinthes de réseaux (du chauffage central aux fibres optiques) nous rendent de plus en plus dépendants et complices de systèmes de communication et de consommation manipulateurs. La paresse, qui marque la défaite de la pensée, nous empêche souvent de transcender ces systèmes pourtant intrinsèquement positifs, ou de les utiliser rationnellement. Et tout d'un coup par la magie d'un attentat poétique, l'artiste bricoleur atteint la dimension du moraliste car – sans l'afficher explicitement – il nous propose de nous regarder dans son installation. Comment sortir des boyaux du labyrinthe, quel(s) Minotaure(s) débusquer au détour des tubes et tubulures ? Grand éclat de rire ou remise en question radicale de nos pratiques ?

Cette œuvre faussement candide renoue avec les sources les plus pures de l'art ; un dernier tuyau : c'est l'enfance de l'art et l'art de l'enfance.


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